Rencontre avec le mangaka RAN et son tantô de chez Kodansha

Ce week end, j’ouvrais la porte de mon atelier à un mangaka et à son tantô de chez Kodansha, en l’occurrence RAN et Masakazu Yoshimoto. J’étais très intimidée : je respecte immensément le travail des auteurs japonais et de leurs éditeurs, juste avant ils ont visité l’atelier collectif nantais La baie noire dont j’adore les artistes, et moi devant eux tous… en tant que jeune illustratrice freelance, je me sens plus petite qu’une souris !

Mais très vite, nous étions à l’aise. Mon petit atelier perso est une bulle créative où tout amateur de manga a de quoi se sentir bien ^_^ Ils m’ont posé plein de questions sur mes peintures à l’acrylique de kimonos, je leur ai aussi montré comment je travaillais mes encrages et la colorisation numérique. M. Yoshimoto m’a dit que j’avais beaucoup progressé entre les illustrations full digital de mon artbook et mes dernières peintures numériques, et qu’avec ce niveau d’expression même au Japon on trouve peu d’illustrateurs capables de dessiner si bien les émotions. “Ooooh non, c’est pas vrai !! *rougit*”, ai-je répondu. Là j’aurais voulu me cacher dans le trou d’une souris #^.^#

Avec RAN, nous avons partagé un moment magique à dessiner côte à côte, l’un pour l’autre. Il vient tout droit de Niigata, ville jumelle de ma ville, et a le même âge que moi ^_^ Il apprécie le fait que j’expose mes illustrations et aimerait en faire autant, en attendant quand je lui ai offert mon artbook, il m’a spontanément demandé une dédicace. Trop mignon ! Et plus encore : il m’a offert son dernier manga Maid senki en proposant de dédicacer dessus, ainsi que sur mon livre d’or. Il a levé les yeux vers mes tableaux plusieurs fois et a fait une superbe illustration ornée de pétales de fleurs, bref du sur-mesure à mon goût !! Comme j’avais fini ma dédicace avant, M. Yoshimoto trouvait que je dessinais vraiment vite pour de la bonne qualité, et que c’était un très bon atout pour un artiste. “Ooooh les mangaka dessinent leurs planches beaucoup plus vite, j’ai encore tant d’efforts à faire !”, ne pouvais-je que répondre, oh la la aucune comparaison possible O_O!

À côté de ces moments vraiment hors du temps, j’ai aussi fait découvrir dans ma bibliothèque l’évolution de l’édition de manga en France. Depuis Ranma 1/2 en couverture cartonnée chez Glénat (RAN était stupéfait de voir que les planches étaient retournées dans l’autre sens de lecture), en passant par des tentatives originales chez Tonkam avec Clover en couverture calque, pour finir sur School rumble chez Pika dont le packaging ressemble au tankôbon original. M. Yoshimoto était tout content car c’est un des mangas qu’il a édité : il a plein d’anecdotes qu’il raconte en étant mort de rire, ça a l’air d’être un manga vraiment marrant à créer ^o^ Il a montré un gribouilli rigolo qu’il a fait lui-même dans une des planches, ou encore ils se sont inspirés de Char Aznable dans Gundam pour créer Harima Kenji aux yeux toujours masqués ^o^!

J’ai aussi montré des exemples d’initiatives de fans autour des mangas : les pages finales de fan-arts de Fushigi yûgi, le club SailorMoon, des fanzines de la génération photocopies, des fanzines avec couverture pliée détachable comme des mangas, etc. “Sugoï desu ne !” Mes reliques les ont fascinés, bravo aux fans français ^_~ Ils se disent que ça les encourageraient beaucoup de recevoir des retours des fans étrangers, mais qu’ils n’en reçoivent jamais, ou peut-être 1 lettre anglophone sur 200 à peine. Difficile de répondre autre chose que le fait qu’on ne sache pas forcément où adresser quoi que ce soit. À cela, M. Yoshimoto répond en riant qu’il est presque sûr qu’en ne mettant que “Kodansha, Tôkyô” comme adresse, ça devrait forcément arriver ! Alors pourquoi ne pas essayer ? Soutenez vos mangaka préférés, écrivez-leur, qu’ils sachent qu’en France aussi on aime leur travail !